Vous pouvez visiter tous les aquariums du monde, vous n’y verrez sans doute jamais un grand requin blanc et ceci n’est pas un hasard. Malgré sa renommée, cette espèce n’a jusqu’ici jamais pu être réellement gardée en captivité. Les requins font partie des poissons les plus fascinants de la planète. Il n’est donc pas rare d’en observer dans les aquariums à travers le monde.

Requin citron, requin zèbre, requin nourrice, roussette, les espèces à découvrir en captivité sont nombreuses et variées mais il y en a certaines que vous ne verrez probablement jamais. Parmi elles, le célèbre grand requin blanc. Au cours de l’histoire, différentes structures ont tenté d’accueillir cette espèce mais aucune n’a abouti à un vrai succès. Pour la majorité d’entre elles, les spécimens sont morts au bout de quelques jours seulement. En 2015 encore, l’aquarium de Churaumi au Japon a exposé un requin blanc mâle de 3,5 mètres après une capture accidentelle, mais l’animal n’a pas survécu plus de trois jours.  Avant 2004, le record en captivité pour un grand requin blanc s’élevait à 16 jours. Toutefois, cette année-là, le Monterey Bay Aquarium en Californie a réussi à maintenir une femelle durant six mois en déployant de grands efforts.

Une expérience qu’aucune autre structure n’a retenté depuis.   De grands requins dans de petits bassins Quelles que soient les conditions, les grands requins blancs ne survivent pas à la captivité. Rapidement, ils ne parviennent plus à nager et arrêtent de se nourrir. Dans un rapport publié en 1984 et repris par Vox, des spécialistes du Steinhart Aquarium aux États-Unis expliquent : « dans la plupart des cas, on pourrait dire que tous ces requins captifs sont juste en plein processus de mort, certains prenant plus de temps que d’autres ». A l’heure actuelle, on ignore les raisons exactes d’un tel phénomène mais plusieurs facteurs ont été évoqués. Tout d’abord, l’espace. Les requins blancs dépassent en moyenne à l’âge adulte les six mètres de long. Une taille non négligeable quand il s’agit de les maintenir dans un aquarium. Le spécimen du Monterey Bay Aquarium était un jeune et mesurait à peine un peu plus d’un mètre pour un bassin de 3 millions de litres et de 10 mètres de profondeur. Mais la taille du poisson n’est pas le seul problème. Le grand requin blanc est un requin de pleine mer qui ne reste jamais en place.

Il est continuellement en mouvement et se déplace sur de très longues distances à travers l’océan. Autant dire donc qu’un bassin fermé est tout sauf ce dont il a besoin. D’ailleurs, les spécialistes ont observé que de nombreux requins blancs captifs se blessaient en fonçant dans les parois. Un « frisson » de la chasse qui fait défaut ? Outre le problème de la taille, un autre facteur est évoqué : celui de l’alimentation des requins et de leur nature de prédateur. Si les squales se nourrissent de poissons les premiers temps, leur régime alimentaire se diversifie nettement au fur et à mesure qu’ils grandissent, se tournant davantage vers de plus grosses proies et notamment des mammifères. Même avec de la place pour nager, un requin blanc adulte pourrait donc aisément souffrir d’un régime alimentaire inadapté ou pas assez diversifié. Certains suggèrent également que les squales auraient besoin du « frisson » de la chasse pour survivre. Ils pourraient ainsi ne pas supporter de se voir apporter de la nourriture, déjà morte qui plus est. Ceci pourrait expliquer pourquoi de nombreux spécimens captifs se sont laissés mourir de faim et peut-être pourquoi certains ont fini par montrer une agressivité accrue. La femelle du Monterey Bay Aquarium a d’ailleurs dû être libérée au bout de six mois après avoir attaqué deux congénères qui se trouvaient dans le même bassin qu’elle. Mort même une fois libéré Une autre hypothèse suggère que l’habitat naturel des squales pourrait dans certains aquariums être mal recréé, avec par exemple une mauvaise salinité de l’eau. Une erreur qui pourrait avoir de sérieuses conséquences sur des espèces évoluant en plein océan comme les requins. Néanmoins, tous ces facteurs pourraient aussi se coupler pour faire de la captivité un vrai calvaire pour les grands blancs. En 2011, le Monterey Bay Aquarium a décidé de retenter l’expérience avec un sixième requin mais il a dû le libérer au bout de 55 jours parce qu’il heurtait constamment les parois. Une fois dans l’océan, le spécimen a été suivi à l’aide de traqueurs. Ces derniers ont révélé qu’il était mort peu après sa libération. Mort à cause du stress de la captivité ? On ne le saura jamais mais ce n’était pas une première. Si la plupart de ces courtes expérience ont échoué, elles ont permis d’en apprendre plus sur le grand requin blanc. Cependant, des études menées sur le terrain, dans son habitat naturel, en ont fait de même. Alors même que de nombreuses espèces de squale se trouvent aujourd’hui menacées d’extinction, voilà autant de raisons pour laisser à sa place le grand requin blanc, ce seigneur des mers.

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