Deux jours après que d’autres « cabanes » illégales aient été détruites au bout de la plage de Déva, des restes de gibier ont été intentionnellement déposés près des lieux de baignade, attirant un autre requin-tigre. Six mois après la mort d’une baigneuse, peut-on parler de mise en danger de la vie d’autrui ou carrément de tentative de meurtre ?
Pour de nombreux habitants de Bourail et pour les connaisseurs du dossier, la chose ne fait plus de doute. La présence épisodique de grands squales au bord des plages de Poé serait depuis le mois de mars d’origine humaine et surtout totalement intentionnelle. En effet, si de nombreux chercheurs et spécialistes ont tenté pendant des mois de trouver des justificatifs (du ruissellement des eaux de pluie en passant par un point de nourrissage marin), aucune explication autre qu’humaine n’a encore été trouvée pour expliquer la présence de ces requins dans la zone depuis avril. En revanche, les indices s’accumulent contre certains individus ayant tout intérêt à empêcher le développement touristique de la zone de Déva.

Le mobile

Il faut dire que sur la plage de Gouaro, de nombreuses cabanes étaient implantées il y a encore peu de temps. Sans autorisation, ces constructions rudimentaires et les aménagements les entourant avaient été construites et étaient occupées en toute illégalité depuis des années. Plusieurs dizaines de personnes habitants la région « squattaient » ainsi sans payer aucun loyer à quiconque, profitant du lieu paradisiaque pour chasser et pêcher durant leur temps libre. Mais, depuis 2014, l’aménagement et l’ouverture du domaine de Déva ont changé leurs habitudes. Car ces « cabanes » font obstacle au libre accès du domaine public maritime puisque leurs occupants empêchent le public d’accéder à une partie de la zone et de la plage. En mars 2015, avec l’accord du tribunal administratif, la province Sud a alors commencé à entamer des négociations avec les « squatteurs » afin qu’ils quittent les lieux, faute de quoi le haut-commissaire engagerait la force publique pour les expulser et détruire les constructions. Et si la quasi-totalité des personnes en question ont depuis quitté les lieux, quelques-uns s’y refusent et ont entamé un bras-de-fer avec les autorités. C’est le cas notamment du clan Tein-Kareu mais aussi d’autres personnes originaires de Bourail.

La méthode

Or, un mois après l’attaque de requin en avril qui a coûté la vie à Nicole Malignon, le « comité de soutien aux familles Téin-Kareu » a envoyé une lettre de menace à la maire de Bourail et au président de la province Sud. En filigrane de cette missive : un avertissement très clair pour les deux collectivités si celles-ci ne revenaient pas sur leur décision… Quelques semaines plus tard, des membres de l’association SOS Mangrove découvraient des carcasses et des viscères de cochon et de cerf déposées dans la mangrove du Creek Salée de Poé, ce qui avait immanquablement attiré des requins. De nouveau, récemment, le haussariat a fait démolir quelques-unes des dernières cabanes de la zone, provoquant la colère des quelques irréductibles encore présents sur les lieux. C’était le 28 septembre. Et trois jours plus tard, le samedi 1er octobre, un requin-tigre, particulièrement excité, d’environ 2.5m était repéré à quelques mètres de la plage de Poé. Ce requin-tigre en question était bagué, c’est-à-dire qu’il avait été l’un des spécimens capturés et relâchés au-delà du récif lors des opérations menées d’avril à juin. La raison de sa présence ? Une carcasse de cerf fraiche, déposée dans le lagon sur laquelle sont tombés des gardes-nature.

L’avertissement

Entre temps, au lendemain de la démolition des cabanes, le « collectif de Nessadiou » enregistrait et diffusait une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle ses membres expliquaient que « rien ne les fera partir », promettant de reconstruire les cabanes et de mener « la guerre » à la province sud et au GDPL qui rassemble les coutumiers de la région :
« Vous êtes tous en train de vous remplir les poches sur Gouaro Déva avec les mecs du GDPL, là les kanak (…) vous êtes tous en train de vous remplir les poches pendant que nous on fait quoi nous ? (…) Vous voulez une guerre ? On va la faire votre guerre si vous la voulez ! On va vous la faire votre putain de guerre ! (Steeve. collectif de Nessadiou ; sources FB, 29/09/16) »

Il semble bien en effet que certains de ces derniers « squatteurs » cherchent à obtenir des pouvoirs publics des « dédommagements » sonnant et trébuchant, en échange de leur accord pour quitter les lieux, qu’ils occupent pourtant illégalement. De là à penser que leur « guerre » se résume à faire venir des requins sur la zone en y déposant des stocks de nourritures, il y a un pas auquel la justice et la gendarmerie s’intéressent particulièrement… Car quoi qu’il en soit de leur revendication et de leur méthode pour se faire entendre, une baigneuse innocente de 69 ans est morte dans 1m50 d’eau, à quelques mètres d’une plage fréquentée, dévorée par un squale. Si d’une façon ou d’une autre, leur responsabilité était engagée dans ce drame, comment alors caractériser le fait d’encourager ou de permettre que cela se reproduise un jour ?

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