Phobie des requins
Phobie des requins

Non, notre phobie des requins ne date pas de la sortie des Dents de la mer en 1975 mais d’il y a 100 ans exactement, et voici pourquoi :

En cent ans, la peur associée aux requins s’est développée puis généralisée à l’échelle mondiale jusqu’à devenir l’objet de films d’horreur. Pourtant, ces squales tuent chaque année à peine davantage que les chutes de noix de coco.

Dans la famille des animaux dont le danger pour l’homme a été surestimé pendant bien longtemps, après le loup, je demande le requin. Cet animal marin est l’objet de fantasmes et de mythes, que l’on répète volontiers aux enfants désobéissants qui s’aventurent trop loin au large. Mais quel a été le point de départ d’une telle psychose ? Retour sur cent ans de squalophobie.

Des dents acérées, une silhouette racée, un aileron menaçant à la lisière de l’eau : il est vrai que le requin n’est pas l’animal le plus rassurant qui soit. Pourtant, le désamour qu’on lui porte est assez récent.

C’est au large des plages du New Jersey, en 1916, que le squale nous a appris à le redouter, rapporte Inverse.

Attaques meurtières

Cette année-là, en juillet, alors que les vacanciers américains se pressent sur les plages du New Jersey, cinq personnes succombent à des morsures de requins en seulement douze jours. Cette hécatombe fait les gros titres des journaux et la peur s’empare des baigneurs. Bien sûr, il ne s’agissait pas des premières victimes de requins. Et on les craignait déjà. En 1891, un débat était même organisé pour déterminer si les squales méritaient leur mauvaise réputation. Un riche banquier du nom de Hermann Oelrichs avait promis quelque 500 dollars à quiconque serait en mesure de fournir les preuves d’une attaque survenue au nord du Cap Hatteras (Caroline du Nord), mais personne n’avait empoché le pactole.

Alors pourquoi un tel tollé médiatique en 1916 ? Parce que les personnes touchées par ces attaques avaient plus de voix, explique à Inverse Geoge Burgess, du Programme de Floride pour la Recherche sur les requins (Florida Program for Shark Research) : « À ce moment-là, les côtes du New Jersey étaient l’endroit où il fallait être pendant l’été. C’est justement là-bas que les gros bonnets passaient leurs vacances et faisaient la fête, dans leurs résidences secondaires. Les événements de cet été ont choqué l’imagination du public et créé une frénésie médiatique du fait du lieu ou ils s’étaient déroulés, et de qui en avait été impacté. Il s’avère que les attaques de requins ne sont pas terribles pour les affaires ». Avoir une maison au bord de l’eau est un privilège notoire. Or, les plus riches et privilégiés sont ceux qui ont le plus leur mot à dire en ce qui concerne les affaires publiques. L’écho n’est donc pas le même que lorsqu’il s’agit du citoyen lambda.

Mauvaise réputation

Autre exemple marquant, mais plus récent cette fois : l’été dernier, on a recensé huit attaques de requins sur les plages des Outer Banks, un chapelet d’îles au large de la Caroline du Nord. Une attention toute particulière y a été portée, et pour cause : les journalistes qui ont rapporté ces attaques avaient pour habitude d’y passer leurs vacances, a remarqué Burgess.

Tout un pataquès donc, alors que les attaques de squales ne font que six morts chaque année. Tandis qu’un hippopotame, animal que l’on dépeint comme un paisible herbivore, tue 500 personnes tous les ans.

Enfin, l’une des raisons de cette squalophobie généralisée réside dans l’inconnu que représente l’océan. « La pensée qu’il existe quelque chose que l’on ne contrôle pas, je suppose, porte atteinte au psychisme de beaucoup de monde », confie Burgess.

Du grand bleu au grand écran

Cette peur s’est vue transposée au grand écran, notamment avec le blockbuster de Steven Spielberg, Les Dents de la Mer, sorti en 1975. De nombreux autres films ont suivi afin d’exploiter au mieux cette aversion : Sharknado, Peur bleue, Shark 3D, Ghost Shark… Et la recette fonctionne encore, puisqu’un nouveau film mettant en scène cette star de cinéma qu’est le grand requin blanc, Instinct de survie, sortira dans les salles en août cette année.

Si le succès des films d’horreur était proportionnel au nombre de victimes réelles dues au phénomène mis en scène, nous aurions droit à d’innombrables films sur de redoutables… cocotiers : eh oui, vous avez autant de chances de mourir déchiqueté par les dents d’un requin que sous le choc d’une noix de coco qui vous serait tombée sur le crâne.

Pendant ce temps-là, 100 millions de squales sont tués chaque année, soit plus de trois par secondes.

 

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