Ce week-end, cela se passait sur la plage d’Illetes sur l’île de Majorque (Baléares). Unrequin à peau bleue, d’environ 2,5 mètres de long, une espèce qui attaque toutefois très rarement l’homme, s’est mêlé aux nageurs provoquant un petit vent de panique.

Ce n’est pas la première fois qu’un requin montre sa nageoire dorsale à des plaisanciers en mer Méditerranée. Il y a deux mois, des plaisanciers postaient sur YouTube leur rencontre inopinée avec un requin-pèlerin, un squale aux dimensions impressionnantes mais tout à fait inoffensif puisque ne se nourrissant que de plancton. « Regarde-moi ce truc », lâchait un brin étonné l’un des marins de cette virée entre amis.

Des observations amplifiées par les réseaux sociaux ?
Ces dernières années, les témoignages de plaisanciers ayant croisé la route de requins à peau bleue ou de requins-pèlerins, se multiplient ainsi sur le pourtour méditerranéen. « En particulier sur le littoral occitan et la Costa Brava », notait La Dépêche du Midi vendredi dernier, qui parle alors du retour des requins dans la région.
Un retour des requins ? Samuel Iglesias, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, spécialiste des requins, met en garde contre les conclusions hâtives.
« Ce qui augmente très certainement, c’est le nombre de plaisanciers sur l’eau équipés d’un smartphone », indique-t-il. C’est ce que Samuel Iglesias appelle l’effet Internet. « Les réseaux sociaux sont un vecteur de diffusion de petites informations qui n’aurait jamais été diffusé auparavant, poursuit-il. Ils agissent comme une caisse de résonance donnant l’impression qu’il y a plus de requins en mer Méditerranée. »
« Des populations qui baissent même »

Mais il n’y a juste que des a priori. Aucune donnée scientifique ne permet de conclure aujourd’hui à une augmentation du nombre de requins en mer Méditerranée. Les études pour comptabiliser le nombre de requins en mer Méditerranée sont complexes à mener et les dernières établies concluaient à une baisse du nombre d’individus. L’océanographe Bernard Séret, spécialiste des requins, renvoie sur une étude de 2008 d’une équipe de chercheurs internationale dirigée par l’Italien Francesco Ferreti. Les travaux montraient que, depuis 150 à 200 ans, toutes les espèces de requins ont diminué de plus de 97 %, tant en nombre d’individus qu’en poids des prises.

L’association Ailerons, qui œuvre à une amélioration des connaissances et de la protection des raies et des requins en mer Méditerranée, cite pour sa part une étude de décembre 2016 de l’ UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), guère plus optimiste. « Elle classait 53 % des espèces de requins et de raies de Méditerranée sur la liste rouge des espèces menacées », indique Matieu Lapinski, président de l’association Ailerons.

Quelques requins blancs, mais rien à craindre ?
La mer Méditerranée a toujours été peuplée de requins. Elle en compte une cinquantaine d’espèces. Beaucoup de petites vivant dans les profondeurs, mais aussi des squales de plus gros calibres. « Des espèces côtières comme le requin peau bleue qu’on trouve un peu partout dans le monde, détaille Bernard Séret. Sa pêche est encore autorisée aujourd’hui et on le retrouve souvent aux étals des poissonniers. On peut croiser aussi des requins-pèlerins. Mais on les croise seul ou en groupe d’une poignée d’individus. Il n’y a plus de grandes concentrations comme auparavant. »
On trouve aussi en Méditerranée quelques requins blancs, essentiellement dans les eaux tunisiennes et plus récemment dans les eaux turques. La même espèce qui est à l’origine parfois d’attaques en Afrique du Sud, en Australie ou au large des côtes américaines. « Mais en Méditerranée, les interactions avec l’homme sont très peu nombreuses et les attaques rarissimes, rassure Samuel Iglesias. En Afrique du Sud, par exemple, si on le voit très près des côtes, c’est parce qu’il s’est spécialisé dans la chasse des otaries. Il a tendance à les chasser en les voyant à la surface et des silhouettes de surfeurs peuvent ressembler à une otarie et on peut penser que le requin blanc se méprenne. En Méditerranée, il a une alimentation plus variée et se nourrit de thon rouge notamment. »

Les effets néfastes de la surpêche
Les effets de la surpêche sont souvent mis sur la table pour expliquer cette baisse des effectifs. Des effets directs pour le requin à peau bleue pour lequel il n’existe pas aujourd’hui de quotas de prise. Mais aussi des effets indirects pour d’autres espèces. L’essentiel du déclin démographique de ces prédateurs serait accidentel, des requins de petites tailles se retrouvant pris dans les filets de bateaux s’adonnant à des pêches plus lucratives comme l’espadon.
L’équipe de Francesco Ferretti relevait ainsi, en 2008, que les squales pêchés en Méditerranée étaient parmi les plus petits au monde. « En frappant davantage les jeunes requins, la surpêche ne peut qu’affecter le potentiel de reproduction de ces espèces », notait alors Francesco Ferretti dans Le Monde à la sortie de son étude.

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