Lors de ses innombrables missions aux quatre coins du monde, le Marseillais René Heuzey, 55 ans, a regardé plus d’une fois le Grand Blanc dans les yeux. Sans jamais les baisser, « car le requin sent votre peur et votre stress ».

Mais avec un respect infini pour cet énorme squale pouvant mesurer jusqu’à six mètres de long, et peser deux tonnes. Une force de la nature aux dents certes tranchantes, et à la mâchoire béante, mais pourtant bien loin de l’image de monstre marin que s’est forgé le grand public en visionnant Les dents de la mer, célèbre film de Steven Spielberg.

Si de nombreux cinéastes sous-marins, scientifiques, plongeurs, l’ont observé en Australie, au Nouveau-Mexique, ou encore en Afrique du Sud, sa présence en Méditerranée, et donc sur nos côtes, demeure « un mystère total ». Mystère qu’a décidé de percer l’association Longitude 181, avec une expédition sur trois ans intitulée « Requin blanc Méditerranée », dont René Heuzey est le caméraman en chef. Une grande première.

« Que de passage dans nos eaux »

« Notre unique certitude,c’est qu’il en existe encore, malgré le fait qu’il ait été surpêché dans les années 60-70 notamment du côté de Malte. Il a été aperçu au large de Saint-Tropez il y a deux ans, et des pêcheurs tunisiens ont capturé des bébés. Ce qui veut dire qu’il y a des couples, et de la reproduction. En se basant sur ces témoignages, on établit des zones de localisation, on fait des recoupements. Nous savons aussi qu’il est présent en Sicile, et sur les côtes libyennes, que nous ne pouvons approcher à cause des conflits. C’est une zone inexplorée, où il est forcément présent. Si on arrive à le filmer, ou ne serait-ce que prendre une photo de lui en Méditerranée, ce serait une première, explique René Heuzey, qui a notamment officié comme directeur photo lors du tournage du film Océans. On l’imagine en revanche mal vivre en bordure des grandes métropoles, où il y a du mouvement dans l’eau, de la plaisance, du tourisme… Il y en a dans les eaux du sud de la France, mais ils ne sont que de passage. » On est donc loin de la légende du mangeur d’hommes, qui s’approche au plus près des plages.

« Voir un requin blanc dans la rade de Marseille est pratiquement impossible. Ils ont peur du bruit, et ne sont pas prêts à tout pour manger, ce ne sont pas des squales charognards comme le requin-tigre ou le requin bouledogue », rassure-t-il.

René Heuzey en sait quelque chose, lui qui lors d’un tournage a failli être happé par un énorme « tigre ». « Je dois la vie à un ami plongeur qui est intervenu in extremis ; le requin m’attaquait par-derrière », glisse ce collaborateur privilégié de l’émission Thalassa.

Malgré ses 25 ans de carrière, et sa connaissance pointue du comportement des squales, il appréhende sa rencontre avec le Grand Blanc de Méditerranée, que personne n’est jamais venu importuner dans son élément. « Lorsque je fais du Blanc à Guadalupe, dans le Pacifique, je sens qu’il est habitué à la présence des plongeurs. En Méditerranée, on sera dans l’inconnu total, on ne sait pas du tout comment il va réagir. Il faudra être vigilant, et je sais que je demanderais à être accompagné d’un plongeur de sécurité », prévient-il.

Mais l’heure de la rencontre tant espérée n’a pas encore sonné, et l’expédition de François Sarano avancera au gré des financements. Bonne nouvelle, l’appel aux dons qu’il a lancé sur le site web KissKissBankBank a atteint son plafond, soit 40 000 euros, hier. Ce ne sera pas de trop pour reprendre la mer, à la recherche de ce squale tant redouté par l’homme, mais si précieux pour notre écosystème

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