Une équipe de scientifiques de l’Université de Liège s’est penchée sur le développement auditif du requin depuis le stade embryonnaire.

Cette étude a permis d’évaluer les sons que ces gros poissons percoivent exactement.

Les requins sont des poissons particuliers. En effet, contrairement à la majorité de ses congénères, le requin ne possède pas de vessie natatoire. Cette poche de gaz, située au niveau du ventre, permet aux poissons de contrôler leur flotabilité et leur équilibre dans l’eau. Remplie, elle permet au poisson de remonter en surface et à l’inverse, lorsqu’elle est vidée, le poisson s’enfonce dans les profondeurs. Dépourvu de cet organe, le requin a donc une tendance naturelle à couler, ce qui le force à être en perpétuel mouvement pour  » flotter « .

Chez les poissons, la vessie natatoire est aussi utilisée pour détecter les sons. De nombreuses expériences ont déjà démontré qu’un poisson dépourvu de cet organe entend beaucoup moins bien qu’un poisson qui en possède une. Des scientifiques ont voulu savoir si les requins étaient donc capables de bien entendre. Par  » bien entendre « , on peut distinguer deux choses : entendre une large gamme de fréquence (l’être humain entend des fréquences entre 20 et 20.000Hz) et entendre des sons de faibles intensités.Des embryons dotés de capacités auditives

Des embryons dotés de capacités auditives

œufs de roussette - © Tous droits réservésEtant dépourvu de vessie, le requin pourrait d’emblée être classé parmi les poissons qui ne perçoivent pas bien les sons dans leur environnement. Cependant, il dispose d’une oreille interne qui lui permet justement de détecter les sons. Mais à quelle fréquence ? Quels sons percoivent-ils exactement ? Peu d’études ont été réalisées dans le monde. S’il existe environ 800 espèces de raies et de requins, les capacités auditives ont été testées chez moins d’une dizaine d’entre elles. Et encore, seuls des adultes ont été étudiés. Parmi les différentes espèces de requins, certaines sont ovipares : la femelle pond des œufs de forme quadrangulaire dans l’eau et les accroche au substrat grâce à des filaments en forme de vrille disposés à chaque sommet de la structure. Chez la petite roussette, Scyliorhinus canicula, un petit requin que l’on peut retrouver notamment à la mer du Nord et en Méditerranée, la période de développement au sein de l’œuf dure entre 8 et 10 mois.

Des chercheurs du laboratoire de Morphologie Fonctionnelle et Evolutive de l’Université de Liège se sont penchés sur cette espèce de requin afin de déterminer si l’embryon en développement dans l’œuf était déjà capable de détecter des sons et de comparer les capacités auditives de ces individus avec celles de spécimens plus grands, juvéniles et adultes. En parallèle, une étude de morphologie a été réalisée pour suivre le développement de l’oreille et du cerveau du requin.

La particularité de cette étude a été d’être capable de sortir les embryons de l’œuf et de les placer dans un système permettant d’en étudier les capacités auditives. Deux petites électrodes, implantées sur le sommet du crâne des requins, émettant des impulsions électriques permettaient de déterminer si les sons de fréquence et d’intensité connues étaient détectés ou non par les oreilles. Précisons qu’une fois l’expérience terminée, ces embryons viables ont pu finir leur développement.

Cette étude a permis de déterminer que les requins les plus jeunes testés ne pouvaient détecter  » que  » des sons de 100 à 300Hz. En parallèle avec un développement de plus en plus important du nombre de cellules ciliées (= cellules sensorielles), les individus élargissent cette gamme de fréquence jusqu’à 1.000Hz, ce qui reste une gamme de fréquence très étroites quand on sait que la majorité des poissons peuvent entendre des sons de 2.000 à 3.000 Hz et que les mammifères marins sont capables de détecter des sons dont la fréquence dépasse les 100.000Hz. D’autre part, il n’y a apparemment pas de modifications apparentes des seuils d’audibilité. Les requins sont donc particulièrement sensibles aux signaux de basses fréquences. C’est pour cette raison qu’ils peuvent percevoir les sons d’une proie en détresse oscillants autour des 100Hz, à des centaines de mètres.

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