Carcharodon carcharias, ou Grand requin blanc

Prédateur particulièrement efficace grâce à ses six sens, le grand requin blanc possède une intelligence fine et montre une extrême curiosité. Malgré cela, il reste encore fortement méconnu.

Origine du nom scientifique

Le terme carcharodon est composé des termes grecs kàrkharos qui signifie « effilé », « pointu » et odous qui signifie « dent ». Le termecarcharias est directement issu du grec et signifie « aux dents aigües ». En latin, le terme carcharus, adopté du grec, signifie « chien de mer », ancienne appellation du requin.

Anatomie

Photo d'un grand requin blanc de profil

Photo d’un grand requin blanc montrant la démarcation entre la démarcation nette entre le dos et le ventre.
Image issue du site http://thrivingoceans.org/

Le grand requin blanc mesure habituellement de 4 à 6 mètres, les femelles étant plus grandes que les mâles. Son poids varie de 680 à 2000 kilogrammes.

Le grand requin blanc est un poisson au corps fusiforme avec un grand museau conique. Cette anatomie hydrodynamique en forme de torpille est particulièrement adaptée pour la nage rapide : il peut atteindre une vitesse de 50 kilomètres par heure.

Il possède une première nageoire dorsale haute et triangulaire, une paire de nageoires pectorales falciformes (c’est-à-dire en forme de faucille) et une nageoire caudale en forme de croissant de lune.

Peau

La peau du grand requin blanc est grise à brune sur le dos et blanche sur le ventre. Ces deux zones sont délimitées par une ligne brisée, formant une démarcation nette. C’est le ventre blanc de ce requin qui lui donne son nom.

La peau du grand requin blanc, comme celle des autres requins, possèdent une structure particulière : elle est constituée d’écailles placoïdes. Ces écailles sont de véritables petites dents aplaties ancrées dans l’épiderme : elles sont recouvertes d’émail et de dentine. Elles sont orientées de la tête vers la queue selon une configuration d’emboîtement plus ou moins en quinconce. Cette structure ainsi que la striation des écailles réduit les frictions et optimise l’hydrodynamisme. D’autre part, l’alignement particulier des écailles favorise l’écoulement de l’eau, réduisant au maximum les turbulences pendant les déplacements du requin, ce qui lui fournit un énorme avantage lorsqu’il chasse une proie.

Par conséquent, cette structure donne enfin à la peau du requin un toucher rugueux lorsqu’on caresse la peau de la queue vers la tête alors qu’elle est tout à fait lisse lorsqu’on la caresse en sens inverse.

Photo et schéma de la peau du grand requin blanc

A gauche, photo de la peau du grand requin blanc au microscope électronique.
A droite, coupe histologique d’une écaille placoïde montrant la structure proche d’une dent.
Images respectivement issues des sites http://ocean.si.edu/ et http://www.snv.jussieu.fr/

Les écailles placoïdes, une fois une certaine taille atteinte, cessent de grandir (au contraire des écailles de poisson osseux qui grandissent tant que le poisson grandit). Chez le grand requin blanc, le nombre d’écailles augmente au fur et à mesure que le requin grandit.

Squelette

Le grand requin blanc est un poisson cartilagineux. Le squelette cartilagineux a l’avantage d’être plus souple et plus léger que le squelette osseux, favorisant là encore des mouvements rapides.

Squelette type du requin, similaire à celui du grand requin blanc

Schéma du squelette type du requin, similaire à celui du grand requin blanc.
Image issue du site http://www.saveoursharks.com.au/

Le squelette du grand requin blanc ne présente que de côtes rudimentaires ne permettant pas le soutien des organes internes.

Les structures de support des différentes nageoires sont constituées de collagène. A l’opposé, d’autres parties du squelette cartilagineux, les mâchoires et l’épine dorsale, sont calcifiées. Ces parties bénéficient d’une couche supplémentaire composée de minuscules cristaux de calcium. Cette couche permet de les renforcer. Le grand requin blanc possède ainsi entre 3 et 5 couches calcifiées au niveau des mâchoires, rendant possible le développement d’une force exceptionnelle.

Dentition

Le grand requin blanc possède une mâchoire composée de quatre à six rangées de dents extrêmement tranchantes, dont seules les deux premières sont fonctionnelles. Le tissu gingival se développe constamment vers l’avant, c’est ce qui fait que les dents se dressent à la verticale sur les deux premières rangées (alors que les dents des rangées à l’arrière sont inclinées vers l’intérieur).

La mâchoire totalise entre 44 et 56 dents, mesurant environ 7,5 centimètres, dont 6 centimètres dépassent des gencives. Elles sont plates, triangulaires et crénelées. Ces crénelures agissent comme des scies et permettent une découpe efficace des proies. Les grands requins blancs ont d’ailleurs tendance à agiter la tête horizontalement afin d’augmenter l’efficience de l’action de sciage des dents.

Lorsque le grand requin blanc perd une dent, celle-ci est systématiquement remplacée par une autre de la rangée arrière. Ainsi il garde une mâchoire intacte jusqu’à la fin de sa vie.

Système sanguin

Le grand requin blanc possède un système sanguin particulier dont le fonctionnement permet de maintenir une température du corps supérieure à celle des eaux environnantes (ce qui permet au requin de chasser de manière plus efficace des proies rapides et agiles comme l’otarie). Cette structure s’appelle le rete mirabile, ce que l’on pourrait traduire du latin par réseau merveilleux : ce réseau dense est formé par des veines et des artères situé sur les flancs du requin. Il conserve la chaleur en réchauffant le sang des artères, plus froid, avec le sang des veines qui a été réchauffé par le travail des muscles. Cela permet à certaines parties du corps, notamment l’estomac, de rester à une température jusqu’à 14°C supérieure à celle des eaux environnantes tandis que le cœur et les branchies restent à la température de l’océan.

Grâce au rete mirabile, le grand requin blanc peut, par conséquent, être considéré comme un poïkilotherme endothermique. Cette caractéristique est très particulière : en effet, cela signifie que le grand requin blanc possède à la fois les caractéristiques des animaux à « sang froid » et à la fois celles des animaux à « sang chaud ». Lui attribuer le terme de poïkilotherme (qualificatif donné aux animaux à « sang froid ») correspond au fait qu’il s’adapte constamment à la température des eaux environnantes tandis que lui attribuer le terme d’endothermique (qualificatif donné aux animaux à « sang chaud ») correspond au fait qu’il régule sa température de manière interne.

Organes internes

Schéma des organes internes du grand requin blanc

Schéma montrant les principaux organes internes du grand requin blanc et notamment la grande taille du foie et de l’estomac.
Image issue du site http://www.saveoursharks.com.au/

Les cinq grandes fentes branchiales du grand requin blanc sont plus loin de la tête que chez la plupart des poissons : elles se trouvent juste avant les nageoires pectorales. Les branchies sont l’organe qui permet au requin de respirer. C’est la nage qui lui permet de faire entrer l’eau dans sa gueule, d’où le fait qu’il nage toujours la gueule légèrement entrouverte, et ainsi de la faire passer dans les branchies. Les branchies, grâce à leurs nombreux vaisseaux sanguins, captent l’oxygène et rejettent le dioxyde de carbone dans l’eau. Par conséquent, c’est la nage qui permet au grand requin blanc de respirer. C’est pour cette raison qu’il est obligé de nager toute sa vie sans pouvoir s’arrêter, à une vitesse minimum de 3,5 kilomètres par heure. En effet, s’il s’arrêtait, il mourrait d’asphyxie.

Par ailleurs, le grand requin blanc, comme l’ensemble des requins et contrairement aux poissons osseux, ne possèdent pas de vessie natatoire (qui permet aux poissons d’assurer la flottabilité). Pour assurer cette fonction de flottabilité, le grand requin blanc possède un foie d’une très grande taille rempli d’huile appelée squalène.

Les branchies, les reins et le système intestinal du requin jouent un rôle primordial dans la régulation de la composition du sang. Ces organes, par l’absorption d’eau pour les branchies ou par le rejet de sel pour les autres, participent notamment à la régulation de la salinité du sang. Ce phénomène est capital pour la santé du requin. En effet, celui-ci peut mourir de déshydratation en raison d’un excès de sel dans l’organisme. L’équipe de recherche dirigée par W. Gary Anderson a également découvert une glande rectale spécifique au requin qui semble intervenir dans la régulation de la composition du sang mais les chercheurs ne savent pas exactement quel est son fonctionnement ni quel est son rôle.

Perception

Le grand requin blanc possède un cerveau formidable qui coordonne l’ensemble de ses sens. Les sens du grand requin blanc sont particulièrement affûtés.

Vision

L’œil du grand requin blanc dispose d’un large iris noir. Contrairement aux autres requins, le grand requin blanc ne possède pas de membrane nictitante (une troisième paupière translucide permettant de protéger l’œil). Afin de protéger néanmoins les yeux, ceux-ci se révulsent lors des attaques.

Le grand requin blanc possède une double rétine et une fovéa bien formée. Sa vue de loin est excellente et très précise. Sa vue de près, par contre, est relativement mauvaise, ce qui explique qu’une proie proche puisse lui échapper.

Par ailleurs, les yeux du grand requin blanc sont adaptés aux profondeurs de l’océan, où la lumière est peu disponible. La double rétine, ou plus précisément une rétine accompagnée d’une structure appelée tapetum lucidum permet la réflexion de la lumière et le passage de la lumière une deuxième fois à travers la rétine. Le tapetum lucidum fonctionne comme un miroir : il est composé de mélanoblastes, des cellules mobiles colorées en noir, et de plaquettes argentées qui contiennent des cristaux de guanine, une protéine pigmentaire. Lorsque l’éclairement est maximal, les mélanoblastes empêchent la lumière d’atteindre les plaquettes argentées. Par contre, lorsque l’éclairement est altéré, les mélanoblastes se déplacent et permettent que la lumière atteigne les plaquettes argentées : la lumière est alors réfléchie une deuxième fois sur la rétine. Cette structure complexe explique que le requin soit un redoutable prédateur même dans les eaux sombres ou troubles de l’océan.

Enfin, les recherches semblent montrer que le grand requin blanc serait le seul requin et peut-être le seul poisson à voir en couleurs.

Ouïe

Les oreilles du grand requin blanc sont difficiles à voir : elles sont constituées de deux petites ouvertures se trouvant derrière et au dessus des yeux. Malgré leurs petites tailles, ces oreilles sont très puissantes. A l’intérieur, des cellules peuvent percevoir la plus petite vibration dans les eaux environnantes. Le grand requin blanc a ainsi une ouïe très sensible. Il peut entendre une proie à environ 1 kilomètre de distance.

L’oreille du grand requin blanc est également constitué d’un système vestibulaire qui répond à la gravité. Le requin est ainsi capable de connaître sa position dans l’eau : il sait s’il la tête en bas, la tête en haut, le côté droit vers le haut ou encore s’il est totalement à l’envers.

Gustation

La gustation est assurée chez le grand requin blanc par un ensemble de papilles appelées bourgeons gustatifs. Ceux-ci sont localisés sur la langue, les lèvres, le palais, le pharynx et les parois de l’œsophage. Cette distribution explique que le grand requin blanc puisse régurgiter une proie après l’avoir ingurgité : celle-ci n’était tout simplement pas au goût du requin. On parle alors de morsures d’inquisition pour exprimer le fait qu’il morde une proie pour évaluer son goût.

Le grand requin blanc possède également des cryptes gustatives. Ces récepteurs se trouvent sur l’ensemble du corps du requin et lui permettent de « goûter » une proie en la touchant. Si le goût est suffisamment intéressant alors il entreprendra généralement une morsure d’inquisition. Ces cryptes gustatives ont aussi un rôle dans la perception de la composition chimique et de la salinité de l’eau.

Toucher

Le grand requin blanc possède un sens élaboré du toucher. Cependant, son système de toucher ne fonctionne pas de la même manière que celui des mammifères : il ne ressent pas les choses en les palpant mais grâce à une structure appelée système latéral. Le système latéral est composé de deux lignes latérales, deux ensembles de récepteurs qui courent sur les flancs du requin jusqu’aux yeux et au museau. Ce système permet la perception des changements de pression : il peut ainsi percevoir les vibrations émises, entre autres, par des proies, les sons basse fréquence ainsi que les courants marins. Cela permet au grand requin blanc de détecter la direction et l’intensité du mouvement d’une proie non seulement à courte distance mais aussi à grande distance (de l’ordre de plusieurs centaines de mètres).

Odorat

Le grand requin blanc a un odorat particulièrement sensible. C’est son sens le plus aigu. Il est réputé pour pouvoir sentir une goutte de sang dans plus de 4,6 millions de litres d’eau. Ce sens lui permet de sentir les proies mais aussi les partenaires sexuels.

Ses narines se trouvent sur la face inférieure du museau et mènent à un organe appelé bulbe olfactif, structure légèrement détachée du cerveau qui est la première à traiter les informations olfactives. Les informations sont ensuite transmises au cerveau qui déclenche une réponse motrice (fuite, approche, accélération, etc.). Le bulbe olfactif du grand requin blanc serait le plus grand parmi tous les requins et l’odorat est si important chez le grand requin blanc que les deux tiers de son cerveau lui sont dévoués.

Électroperception

Photo montrant le museau du grand requin blanc et notamment les pores contenant les ampoules de Lorenzini

Photo montrant le museau du grand requin blanc et notamment les pores contenant les ampoules de Lorenzini.

Le grand requin blanc possède un sixième sens : la capacité de percevoir les champs électriques et magnétiques. Ce sens est permis par les ampoules de Lorenzini.

Le grand requin blanc possède des centaines de pores visibles sur le museau et autour des yeux qui contiennent les ampoules de Lorenzini. Ces ampoules sont remplies d’une substance ressemblant à du gel qui conduit l’électricité et contiennent un tout petit cheveu qui déclenche un signal sensoriel lorsqu’une charge électrique arrive jusqu’au requin.

Les ampoules de Lorenzini permettent au requin de sentir la puissance et la direction des courants électriques transmis par les animaux environnants (la contraction des muscles et les battements du cœur générant de l’électricité). Les scientifiques ont découvert que ce sens permettait également aux requins de sillonner l’océan grâce aux champs magnétiques qui s’entrecroisent à la surface de la croûte terrestre.

Enfin, ces ampoules sont connues pour permettre aux plongeurs spécialisés dans la nage avec les requins sans cage de les calmer et de les faire entrer dans un état qu’on appelle immobilité tonique. Ainsi Andre Hartmann (un plongeur professionnel sud-africain mondialement connu) est le premier être humain à nager et à toucher le grand requin hors d’une cage. Un autre homme à réaliser cet exploit est Mike Rutzen, capitaine d’un bateau de plongée en cage avec les requins, connu sous le nom de « Sharkman » qui apparaît régulièrement dans les documentaires sur les requins.

Habitat

Le grand requin blanc vit dans des eaux tempérées et dans les zones épipélagiques de l’océan (c’est-à-dire entre 0 et 110 mètres sous la surface), préférentiellement à plus de 30 mètres de profondeur. Toutefois, le grand requin blanc possède de grandes facultés d’adaptation.

Ainsi, il vit dans des eaux comprises entre 12 et 24°C pour des conditions de vie optimales : on le trouve ainsi dans toutes les eaux tempérées et subtropicales du globe. Mais il a été observé également, beaucoup plus rarement, dans des zones tropicales et subpolaires.

De la même manière, il vit généralement entre 30 et 110 mètres de profondeur  mais il a déjà été observé à 1280 mètres de profondeur.

Les lieux de vie de prédilection du grand requin blanc sont les eaux d’Australie, d’Afrique du Sud, de Californie ainsi que des Caraïbes. Il est également présent dans l’océan Pacifique, notamment au large des côtes hawaïennes, dans les eaux allant du Japon aux Philippines et de la Nouvelle-Calédonie à la Nouvelle-Zélande. Il a aussi été observé de manière plus exceptionnelle au large des côtes d’Alaska. Il est par contre devenu, depuis quelques dizaines d’années seulement, extrêmement rare en mer Méditerranée du fait d’une intensification du trafic commercial

Mode de vie

Le mode de vie du grand requin blanc est encore aujourd’hui très peu connu. On estime son espérance de vie entre 23 et 60 ans.

Photo d'un requin qui nage parmi les poissons

Photo d’un requin nageant parmi les poissons.

Le plus souvent, il se déplace seul ou en couple. Il a rarement été observé en colonie. Cependant, les biologistes spécialisés dans l’étude du grand requin blanc ont observé des comportements sociaux complexes. En Afrique du Sud par exemple, les grands requins blancs établissent une hiérarchie basée sur des rapports de dominance eux-mêmes déterminés par le sexe (les femelles dominent les mâles), la taille (les requins les plus grands dominent les plus petits) et le fait que les résidents habituels dominent les nouveaux arrivants. Lorsqu’ils sont en chasse, les grands requins blancs tendent à mettre les conflits de côté et à les résoudre par des rituels et des démonstrations de force. Les grands requins blancs ont rarement recours à la violence même si certains portent des marques de morsure. Ces marques suggèrent que, lorsqu’un congénère s’approche trop, le grand requin blanc répond par une morsure d’avertissement. Une autre hypothèse est que le grand requin blanc mordrait pour montrer sa dominance.

Le grand requin blanc est un animal intelligent, capable de vivre en collectivité si la situation le demande. Ainsi, à l’Ile aux phoques en Afrique du Sud, les grands requins blancs arrivent et repartent en « clans » stables de deux à six membres. Les chercheurs ne savent pas si ces membres possèdent des liens particuliers mais ils cohabitent de manière relativement paisible. Les grands requins blancs ont probablement une structure sociale très hiérarchisée dans laquelle chaque membre a un rang clairement établi et chaque clan une femelle dominante. Lorsque les membres de différents clans se rencontrent, ils établissent un rang social de manière non violente grâce à l’une des nombreuses et fascinantes interactions dont ils disposent. L’établissement d’une telle hiérarchie est primordiale pour éviter les combats.

De plus, il semblerait que, dans ces clans, la chasse se déroule de manière coopérative. Ainsi, Leonard Compagno (un expert mondial dans l’étude des requins) a recueilli un témoignage de cette prédation coopérative : un requin attirerait l’attention d’un phoque permettant à un autre de s’approcher par l’arrière et de lancer une attaque surprise.

Si le mode de vie du grand requin blanc reste plutôt méconnu, des progrès ont été réalisés dans la connaissance des migrations du grand requin blanc grâce aux capteurs de localisation posés sur les requins qui transmettent leurs informations recueillies par satellite. Ces capteurs ont notamment permis de découvrir avec précision les voies migratoires empruntées par le grand requin blanc mâle. Les migrations effectuées par le grand requin blanc femelle ont longtemps été méconnues, la technologie n’avait pas une autonomie suivante pour les suivre sur les grands trajets effectués. Mais cette situation a évolué et de nombreuses recherches ont été effectuées.

Ainsi, en 2005, un grand requin blanc femelle, dotée d’un capteur de localisation, a réalisé un voyage aller-retour du Cap (en Afrique du Sud) jusqu’aux côtes méridionales d’Australie, soit en tout 10 000 kilomètres et cela en moins de neuf mois. Une autre a effectué une traversée à partir d’une île du sud de la Nouvelle-Zélande jusqu’à la Grande barrière de corail (au large du Nord-Est de l’Australie). Les raisons de tels voyages sont aujourd’hui inconnues. En effet, les scientifiques savent que certains requins suivent les baleines qui partent mettre bas mais dans le cas de ces deux femelles, leur trajet ne suivait pas celui de migration de cétacé connu. Les hypothèses concernant ces trajets seraient qu’ils consisteraient en des migrations permettant une alimentation saisonnière ou l’accouplement.

D’autres recherches montrent de façon précise le cycle migratoire des femelles : ainsi une étude concernant quatre femelles a montré qu’elles suivaient un cycle migratoire d’environ deux ans, cycle divisé en quatre phases. Ces quatre femelles ont été marquées au large de Guadalupe (une île mexicaine volcanique), connu pour être un lieu de rassemblement pour la reproduction chez le grand requin blanc. Une fois fécondées, les femelles quittent l’île en direction du large pour une durée approchant celle de la gestation. Durant cette phase de la migration, les chercheurs ont remarqué qu’elles se tiennent éloignées des voies généralement empruntées par les mâles. Durant la deuxième phase du cycle, les femelles reviennent vers les côtes de la Basse-Californie (un état du Mexique) où elles donnent naissance entre avril et août. Cette étape dure environ deux mois. Ensuite débute la troisième phase durant laquelle les femelles repartent vers le lieu de reproduction. Toutefois, la recherche montre que, pendant ce trajet également, les femelles tentent d’éviter de croiser des mâles. La quatrième et dernière phase correspond à une nouvelle période d’accouplement. Elle débute entre fin septembre et fin octobre et peut durer jusqu’à quatre mois et demi. Cette étude a permis de décrire précisément le comportement migratoire de quelques grands requins blancs femelles.

Cependant, la méthode d’étude de ces deux études précédentes ne permet que l’observation des parcours effectués par ces requins femelles et ne renseignent pas sur des comportements plus fins. Ainsi les chercheurs étudiant les requins des côtes d’Afrique du Sud ne savent quelle est la raison des migrations et les chercheurs étudiant les requins des côtes du Mexique ne savent pas pourquoi les femelles cherchent absolument à éviter les mâles lors leur migration.

Une étude récente réalisée en Californie a elle aussi découvert des comportements migratoires particuliers. Certains grands requins blancs font des voyages annuels vers les îles hawaïennes puis reviennent à l’endroit où leur a été appliqué le capteur de localisation. Mais, étrangement, la plupart des requins équipés de ce dispositif ont nagé jusqu’à un endroit se trouvant à mi-chemin du trajet jusqu’à Hawaï. Ceci est étrange car les scientifiques ne s’attendaient pas du tout à ce que les requins s’arrêtent à cet endroit, pourtant très fréquenté par les requins. Le biologiste marin Salvador Jorgensen appelle désormais ce lieu le « café des requins blancs ». Cependant, là encore, les chercheurs ne savent pas vraiment si les requins se rassemblent pour se nourrir, se reproduire ou pour une toute autre raison.

Par ailleurs, d’autres points des habitudes du grand requin blanc restent encore à éclaircir. Comme par exemple le fait que les mêmes requins aient été observés plusieurs années de suite dans les mêmes eaux. Les biologistes ne savent toujours pas si la territorialité entre en jeu ou non. Parallèlement, une recherche récente montre que les grands requins blancs de Californie et d’Hawaï ne se mêlent pas à ceux d’Afrique du Sud et d’Australie. Et personne ne sait pourquoi.

Enfin, le grand requin blanc vit généralement avec un ou plusieurs rémoras à ses côtés. Leur relation est symbiotique : le rémora se nourrit d’une bactérie présente sur la peau du grand requin blanc, bactérie qui serait mortelle pour ce dernier. Ainsi le rémora se nourrit et bénéficie d’un moyen de transport à moindre coût et le requin bénéficie du nettoyage prodigué par le rémora.

Comportement

Le grand requin blanc est un animal très curieux, qui montre une grande intelligence. Certains scientifiques ont montré qu’il était possible d’apprendre des tours aux requins, comme c’est généralement fait avec les dauphins et les orques, pour obtenir du poisson. De manière générale, le grand requin blanc est connu par les experts pour apprendre facilement. Ainsi lorsqu’ils sont nourris, ils associent rapidement l’être humain et les bateaux à la nourriture.

La communication se fait essentiellement par des mouvements de natation : en raison de l’incapacité à émettre des sons et de la relative rigidité de leur corps, ce mode de communication se révèle le plus efficace. Après l’aube, une fois l’activité prédatrice terminée, les grands requins blancs socialisent. Les chercheurs observent alors des comportements sociaux étonnamment complexes. R. Aidan Martin et Anne Martin (un couple de biologistes marins) ont ainsi recensé une douzaine de comportements sociaux distincts, dont la moitié étaient totalement nouveaux dans le domaine de la recherche marine. Les deux biologistes précisent qu’ils commencent juste à comprendre leur signification mais que la plupart sont liés au fait d’établir une hiérarchie.

D’autres biologistes ont observé des comportements non violents : lorsque les requins échouent plusieurs fois de suite à attraper leur proie, le requin sort la tête de l’eau et ouvre et ferme ses mâchoires de manière rythmique. Certains experts pensent que ce comportement permettrait au requin d’évacuer sa frustration.

R. Aidan Martin et Anne Martin expliquent que les requins sont des créatures très curieuses qui explorent leur environnement en allant systématiquement des contacts visuels aux contacts tactiles. En règle générale, ils mordillent et grignotent pour découvrir les choses et les autres animaux grâce aux dents et à la gencive qui sont bien plus sensibles que la peau. Mais ils ont également observé que le niveau de curiosité des grands requins blancs dépendaient fortement de leur personnalité : ils ont constaté que les requins montrant de nombreuses cicatrices sont toujours les plus intrépides lorsqu’ils entreprennent des « explorations tactiles » des bateaux et des cages mais que, à l’opposé, les requins montrant pas ou peu de cicatrices sont très timides dans leurs investigations. Certains sont si nerveux qu’ils sursautent et qu’ils changent de direction lorsqu’ils remarquent le plus petit changement dans leur environnement. Et lorsque ces requins reprennent leur investigation, ils le font d’une plus grande distance. R. Aidan Martin et Anne Martin soulignent qu’au fur et à mesure des années, ils sont arrivés à la conclusion que les requins avaient des personnalités remarquablement cohérentes et constantes. En plus du style de chasse et du degré de timidité, le grand requin blanc est aussi constant dans d’autres comportements comme l’angle et la direction d’un objet qui les intéresse.

Photo d'un grand requin blanc, bouche bée à la surface de l'eau

Photo d’un grand requin blanc, bouche bée à la surface de l’eau

Par ailleurs, le grand requin blanc est le seul squale à sortir la tête de l’eau pour observer son environnement. Ce comportement est volontaire : le requin le contrôle précisément et il est relativement lent. Cet espionnage peut ainsi durer plusieurs minutes si le requin est suffisamment curieux à propos de ce qui se passe aux alentours.

Leonard Compagno, qui a eu la chance d’observer maintes fois le grand requin blanc, explique que, lorsqu’il est sur un bateau, il voit les requins sortir la tête de l’eau et le fixer directement les yeux dans les yeux. Il raconte même que, lors d’une expédition où ils étaient plusieurs, le grand requin blanc a regardé chaque personne dans les yeux, une par une.

Dans un autre domaine, le grand requin possèderait l’étonnante faculté de modifier volontairement son taux de salinité sanguine en fonction du milieu dans lequel il évolue. L’équipe de recherche dirigée par W. Gary Anderson a observé (grâce à un requin-chabot à taches blanches maintenu en captivité) que, dans une eau faiblement salée, le requin compense la différence de salinité en augmentant son volume sanguin par un apport d’eau. Les chercheurs se sont demandés si l’absorption supplémentaires d’eau était vraiment volontaire : en effet, l’absorption d’une plus grande quantité d’eau peut se faire involontairement par les branchies mais cette méthode n’est possible que dans le cas ne nécessitant pas une absorption rapide. Dans ces cas particuliers, les requins adoptent un comportement visant à modifier rapidement la salinité sanguine : ils boivent de manière frénétique afin de répondre à ce dérèglement brutal.

Reproduction

Le grand requin blanc pourrait vivre jusqu’à 60 ans. Il grandit lentement et met longtemps à arriver à maturité sexuelle. On estime que le requin blanc mâle atteint sa maturité sexuelle à l’âge de 10 ans et le requin blanc femelle entre 12 et 18 ans. Par conséquent, le grand requin blanc ne se reproduit que peu de fois dans sa vie : on estime ainsi que la femelle a entre quatre et six portées durant sa vie. De plus, la gestation n’aboutit qu’à un petit nombre de jeunes.

Personne n’a jamais vu des grands requins blancs se reproduire. Cependant, on suppose, notamment par extrapolation à partir des autres requins, que l’accouplement est brutal. En effet, même si la femelle a un corps adapté à la rudesse des parades nuptiales, la peau de la femelle au niveau de l’arrière du corps étant beaucoup plus épaisse que celle des mâles, le corps de la femelle porte souvent de nombreuses cicatrices, conséquences des morsures répétées du mâle. Ce n’est qu’une fois que la femelle a été immobilisée par une nageoire ou une autre partie du corps que l’accouplement peut commencer.

Le grand requin blanc mâle possède des organes producteurs de sperme appelés ptérygopodes, prolongements des nageoires pelviennes. La reproduction permet à un des ptérygopodes de déposer les spermatozoïdes jusqu’au cloaque (l’orifice urino-génital) de la femelle. Les œufs éclosent à l’intérieur de l’utérus de la femelle. En effet, le grand requin blanc est ovovivipare : les œufs incubent et éclosent dans le ventre de la femelle, sans relation nutritive avec celle-ci. L’ovoviviparité permet, entre autres, de protéger les œufs des prédateurs.

La gestation dure au moins une année. Lorsque la femelle expulse les jeunes, ils sont au nombre de deux à douze et ils sont complètement autonomes. Chez certaines espèces de requins, les fœtus les plus forts mangent les plus faibles dans l’utérus, c’est ce qu’on appelle l’oophagie. Cependant, aujourd’hui, personne ne peut dire si ce phénomène existe chez le grand requin blanc.

Alimentation

Le grand requin blanc est un prédateur supérieur, c’est-à-dire qu’il se trouve au sommet de la chaîne alimentaire des océans. Du fait de sa taille, de son métabolisme et de ses capacités physiques, il a en effet peu de prédateurs, hormis l’orque.

Le grand requin blanc est un prédateur opportuniste. Autrement dit, sa proie favorite est le phoque ou l’otarie mais il s’adapte aux proies des latitudes où il se trouve. Ainsi, le grand requin blanc peut manger des poissons de grande taille (thon, espadon, tarpon…), des tortues, des dauphins, des mammifères, des oiseaux, plus occasionnellement des cétacés, voire même d’autres requins. Les jeunes requins blancs, par contre, se nourrissent exclusivement de poissons. Il est à noter qu’en mer Méditerranée, le grand requin blanc à une alimentation différente : il se nourrit plus couramment de thons, de marlins et d’autres gros poissons. Les scientifiques pensent que cette alimentation constitue une adaptation due à la raréfaction des mammifères marins.

Le phoque et l’otarie sont les proies préférées du grand requin blanc car, du fait de leur épaisse couche de graisse, ce sont des animaux particulièrement riches pour le grand requin blanc qui a besoin de beaucoup d’énergie. En outre, on estime que le grand requin blanc se nourrit avec intermittences : il endure des phases d’abstinence de quarante-cinq à quatre-vingt-dix jours.

L’attaque du grand requin blanc se déroule en plusieurs phases. Tout d’abord, il donne un coup de dents pour évaluer si la proie est suffisamment riche ou pas. Ensuite, si la proie est au goût du requin, il la mord afin de l’affaiblir. Ce n’est que lorsque celle-ci est inerte qu’il commence véritablement à s’alimenter et à avaler des quartiers de chair de la proie. En Afrique du Sud, dans la région du Cap, le grand requin blanc possède une technique d’attaque spécifique. Lorsqu’il chasse, il se met à l’affût près du fond de l’océan. Une fois une otarie repérée, il s’élance à la verticale vers sa proie pour la percuter. Sa vitesse est telle que le requin jaillit hors de l’eau (parfois à une hauteur de 3 mètres) et propulse sa proie elle aussi hors de l’eau. Le requin a alors la gueule ouverte et il happe sa proie en retombant. Les scientifiques qualifient ce mode d’attaque particulier de breaching, ce qui signifie littéralement « sortir hors de l’eau ».

Photo d'un grand requin blanc attaquant un phoque grâce à la technique du breaching.

Photo d’un grand requin blanc attaquant un phoque grâce à la technique du breaching.

Les chercheurs relatent que le grand requin blanc chasse essentiellement dans l’heure précédant l’aurore ou dans celle suivant l’aube car, durant ce laps de temps particulier, le phoque a une vision moins bonne qu’en pleine lumière du jour, ce qui facilite par conséquent la chasse pour le grand requin blanc.

Enfin, la chasse est elle aussi un témoin de l’intelligence et de la grande capacité d’apprentissage du grand requin blanc. En effet, une étude a montré que les requins réussissent à attraper un phoque en moyenne dans 47% des cas. Or, les chercheurs ont également observé que les grands requins blancs les plus vieux chassaient plus loin et montraient un taux de réussite largement supérieur à celui des plus jeunes. Ainsi, certains requins blancs qui emploient des tactiques de prédation attrapent leur proie dans 80% des cas. Par exemple, la plupart des requins abandonnent lorsqu’un phoque s’échappe alors qu’une grande femelle, prénommée Rasta par les chercheurs car elle se comporte de manière particulièrement douce avec les personnes et les bateaux, montre un acharnement prononcé et une anticipation précise des mouvements des phoques.

État des populations

Le grand requin blanc est aujourd’hui une espèce menacée. Les scientifiques estiment que la population le long des côtes Est de l’Amérique a chuté de plus de 75% durant les 20 dernières années. Il est également reconnu que la population de la mer Méditerranée a fortement chuté du fait du trafic maritime.

Photo montrant le prélèvement des ailerons d'un grand requin blanc

Photo montrant le prélèvement des ailerons d’un grand requin blanc.
Image issue du site http://swimmingfree.wordpress.com/

Comme décrit précédemment, le grand requin blanc se reproduit peu durant toute sa vie. Les populations se renouvellent lentement et sont donc très sensibles à tout bouleversement et à toute prédation humaine. Et ces bouleversements sont aujourd’hui nombreux. Les pêcheurs tuent le grand requin blanc pour sa chair, ses dents (vendues comme souvenirs aux touristes) et, plus particulièrement encore, pour ses ailerons. Certains amateurs de soupe aux ailerons prétendent que le fait de couper des ailerons, ou finning, ne nuit pas aux requins voire même que l’aileron repousse. Bien sûr, ces deux affirmations sont complètement fausses. D’autant plus que la plupart du temps, tous les ailerons du requin sont coupés. Une fois mutilé de ses ailerons, le requin, si jamais il est relâché dans les mers, sombre dans les profondeurs de l’océan et meurt de ses amputations.

Cependant, il est important de rappeler que si on parle du finning et de la soupe aux ailerons comme la principale menace qui pèse sur le grand requin blanc, il ne faut pas oublier qu’une grande part de la pêche des requins sert à prélever le squalène. Le squalène, l’huile du foie du requin, est réputé pour ses effets anti-âge et dermatologique. Il rentre ainsi dans la composition de nombreux produits de beauté mais aussi dans certains vaccins. La pollution de la mer et, par conséquent, la raréfaction des proies favorites du requin (particulièrement flagrantes en mer Méditerranée) ont aussi un impact dramatique sur les populations de requins. Enfin, le grand requin blanc souffre aussi de sa mauvaise réputation qui fait qu’il est régulièrement traqué sous prétexte de sécuriser les plages, ce qui est, de l’avis des scientifiques, totalement inefficace (à moins, bien sûr, de massacrer l’ensemble de l’espèce). Le grand requin blanc souffre aussi de pratiques sportives lamentables, véritables safaris modernes pour des personnes en manque de sensations fortes.

De lourdes conséquences sont donc à redouter quant au maintien des populations de grand requin blanc. De plus, en tant que prédateur supérieur, le grand requin blanc joue un rôle primordial dans le maintien, entre autres, de la santé des récifs coralliens.

Pour les personnes intéressées par la sauvegarde des requins, un site particulièrement intéressant est le site américain http://sharkangels.org/. Il existe un site français mais le propos y est beaucoup moins cohérent et engagé : on y trouve par exemple un lien vers un site proposant une recette à base de roussette (un petit requin). Ce qui est tout de même un comble pour un site censé défendre les requins.

http://www.encyclopedie-des-animaux.fr/

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